Sayla Benhabib (née en 1950) est l'un des philosophes politiques contemporains les plus éminents, professeur à l'Université de Yale, dont les travaux s'inscrivent à la croisée de la théorie critique, du féminisme et de la théorie démocratique. Sa conception des droits des migrants représente une réponse profonde en termes éthiques et politiques à l'un des paradoxes clés du monde globalisé : l'existence des droits universels de l'homme dans des conditions de souveraineté nationale particulière, dont les frontières restent l'instrument principal d'exclusion.
Benhabib commence par critiquer l'«anthropologie nationale méthodologique» — l'hypothèse enracinée dans les sciences sociales, selon laquelle l'État national et ses frontières constituent la structure naturelle et inchangeable de l'analyse de la société, du droit et de la politique. Cette approche considère les migrants comme une «problème» ou une exception à la norme. À la place, Benhabib, à la suite d'Immanuel Kant, réhabilite la conception du «droit à l'hospitalité» (le droit à l'hospitalité).
Cependant, elle transforme l'idée kantienne (qui était limitée et temporaire) en un principe plus fort. Pour Benhabib, le droit à l'hospitalité n'est pas simplement un devoir moral, mais un droit humain émergent (droit humain émergent), qui doit être reconnu juridiquement. Ce droit inclut :
Le droit de demander (la demande d'entrée et l'asile ne peuvent être rencontrées de manière hostile).
Le droit à l'adhésion conditionnelle pour ceux qui se trouvent sur le territoire de l'État depuis longtemps.
Exemple : La situation des «dreamers» aux États-Unis — des migrants illégaux apportés par leurs parents pendant l'enfance. Malgré une intégration complète dans la société américaine (langue, culture, éducation), ils sont privés de statut légal. Benhabib affirme que leur présence prolongée et leurs liens sociaux créent un droit moral de régularisation du statut, que l'État démocratique ne peut ignorer.
La conception clé de Benhabib est le «paradoxe de la légitimité démocratique». Il consiste en ce que la démocratie obtient sa légitimité de la volonté du demos (le peuple), mais les frontières de ce demos — qui fait partie du «peuple» et a le droit de vote — ont toujours été déterminées avant l'expression démocratique, souvent par la violence, l'exclusion et le hasard historique. De cette manière, le souveraineté démocratique est historiquement fondée sur un acte non démocratique de définition de ses membres.
Pour résoudre ce paradoxe, Benhabib propose le principe d'un «universalisme itératif». Les droits universels de l'homme (droit à la liberté, à l'égalité, à la participation) ne sont pas des dogmes prêts, mais un processus discursif. Chaque nouvelle prétention d'un groupe (par exemple, des migrants) sur des droits force la société à itérer — à réinterpréter et à redéfinir — les frontières de son universalisme. Le dialogue démocratique doit être ouvert à la révision de ceux qui y participent.
Application concrète : Les débats sur l'octroi du droit de vote aux résidents permanents non nationaux aux élections locales (comme cela est pratiqué dans plusieurs pays de l'UE et dans certains municipalités). Benhabib voit dans cet exemple une itération : l'admission que ceux qui vivent de manière permanente sous la loi et contribuent à la vie de la communauté ont un droit moral de participer au processus politique de décision de son destin.
Benhabib introduit le concept clé de «droit à avoir des droits» (le droit à avoir des droits), emprunté à Hannah Arendt. Dans le monde moderne, où les droits sont liés à la nationalité, être privé de nationalité signifie être privé de la possibilité d'avoir des droits. Les migrants, en particulier les migrants clandestins, se retrouvent dans cette zone de «droits privés».
La solution, selon Benhabib, consiste à développer des «espaces civils transnationaux» et un «adhésion postnational». Ce sont des espaces où les droits de l'individu ne découlent pas uniquement de son statut de citoyen d'un État particulier, mais également de :
Le fait de résider sur le territoire (droits des résidents).
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