Dans l'histoire de la poésie européenne, il existe des livres qui vivent une vie propre, dépassant leur époque et même la langue dans laquelle ils ont été écrits. Parmi eux, un petit recueil de poèmes créé au milieu du XVIe siècle par un poète hollandais portant un pseudonyme latin sonore, Jean Second. Son livre «Baisers» (Basia) est devenu l'un des phénomènes les plus brillants de la poésie néolatine — une poésie qui, semble-t-il, devait disparaître avec l'antiquité, mais qui a fleuri soudainement à l'époque de la Renaissance.
Derrière ce nom latin se cache Jan Nicolaas Everaarts, né à La Haye le 15 novembre 1511 dans une famille de fonctionnaire impérial, ami proche du grand humaniste Érasme de Rotterdam. L'environnement littéraire entourait Jan dès son plus jeune âge : ses deux frères aînés étaient également poètes. Il écrivit son premier poème latin à dix ans, et cela détermina son avenir.
Le jeune homme fit une brillante éducation, étudia le droit à l'Université de Bourges sous la direction de l'illustre juriste italien Andrea Alciato, puis servit de secrétaire à l'archevêque de Tolède. Il semblait que devant lui s'ouvrît une brillante carrière de juriste ou de diplomate. Cependant, la destinée en décida autrement : en 1536, à vingt-quatre ans seulement, le poète décéda prématurément. Après sa mort, ses frères rassemblèrent et publièrent tout son héritage littéraire, et c'est grâce à cette publication posthume que le monde a découvert les «Baisers» — un livre qui a apporté à l'auteur une gloire éternelle.
Jean Second a laissé après lui environ dix recueils d'éloges, d'odes, d'épigrammes et de lettres, ainsi que des œuvres en prose. Cependant, c'est le cycle de dix-neuf poèmes en latin, unis par le thème du baiser, qui est la summum de son œuvre.
Le livre «Baisers» (Basia) a été écrit vers 1535 et publié en 1539, déjà après la mort de l'auteur. Le titre du recueil provient du mot latin basium, que le poète romain Catulle a utilisé pour désigner un baiser passionné et tendre. Jean Second n'a pas simplement imité Catulle ; il a créé un nouveau genre indépendant sur la base de deux poèmes célèbres de l'antique poète.
Les dix-neuf poèmes du recueil ne sont pas simplement une liste de baisers. Chaque poème varie le thème, créant une polyphonie unique de poésie amoureuse. Le poète chante les baisers de son amour — leur douceur, leur nombre infini, leur force capable de rivaliser avec les mythes et promettant de nouvelles tendresses. Les images de la mythologie antique sont entrelacées avec des sentiments sincères et vivants, et l'optimisme épicien traverse chaque ligne.
Dans l'un des fragments les plus célèbres des «Baisers», le poète dit que les baisers ne peuvent jamais être trop nombreux. Il appelle son amour à lui donner «cent cent baisers, mille cent baisers, ou mille à mille, mille mille nombreux» — aussi nombreux que les gouttes dans la mer de Sicile ou les étoiles dans le ciel. Cet image d'un nombre infini de baisers est devenu le leitmotiv du livre.
Les poèmes de Second sont incroyablement vivants et directs. Ils ne comportent pas cette ornementation qui était caractéristique de nombreux poètes du baroque, qui a succédé à la Renaissance. Le livre «Baisers» est apparu dans un court intervalle historique entre la harmonie verbale de la Renaissance et la dissonance verbale du baroque, et c'est cela qui lui a donné cette vitalité, légèreté et fraîcheur qui en font l'un des meilleurs exemples de poésie latine du Nouveau Temps.
Chaque poème du recueil est construit comme une petite tragédie : le poète supplie, exige, médite, rit, mais reste toujours sincère. Il intègre dans ses poèmes des images de dieux et de héros antiques — Vénus, Cupidon, Jupiter — mais il le fait non pas pour l'érudition, mais pour donner à ses sentiments une portée universelle.
Le succès des «Baisers» a été étonnant. Le livre a engendré de nombreuses imitations tant en latin qu'en langues nationales. Au XVIe siècle, son influence a été ressentie par des poètes tels que Jan Lernuczky, Andrej Eufrenij et George Buchanan. En France, on entend ses échos dans les poèmes de Pierre de Ronsard, Remy Bell et Jean Antoine de Baif. En Angleterre, la tradition des poèmes de baiser, inspirée de Second, a trouvé son prolongement chez les poètes chevaliers, y compris John Fletcher.
Pendant deux siècles, les «Baisers» ont été l'une des livres les plus lus et les plus réédités en Europe. Les poètes ont rivalisé pour créer une version plus élégante ou plus passionnée du poème de baiser. Comme l'ont noté les chercheurs, Second a engendré une longue tradition des «baisers» latins et nationaux — à la fois répétitifs et soigneusement variés, ce qui dit beaucoup de la poétique humaniste de la Renaissance.
En Russie, Jean Second était longtemps connu d'un cercle restreint de spécialistes. Cependant, en 1983, l'édition «Naука» a publié un recueil de poèmes intitulé «Poèmes. Baisers», dans lequel les poèmes d'Érasme de Rotterdam et de Jean Second ont été publiés sous un même couvert. La traduction en russe a été réalisée par des philologues éminents, dont M. L. Gasparov. Ce volume, publié dans la série «Pamiatniki literatury» avec une tirage de 100 000 exemplaires, a présenté au lecteur russe l'un des phénomènes les plus étonnants de la poésie européenne.
Jean Second a vécu vingt-quatre ans seulement, mais ses «Baisers» ont dépassé les siècles. Ce petit livre, écrit dans une langue morte pour l'époque, s'est révélé plus vivant que de nombreux œuvres dans des langues vivantes. Il nous rappelle que l'amour est une thème qui ne connaît ni le temps ni les frontières, et que le baiser, chanté par le poète hollandais au milieu du XVIe siècle, peut sonner aussi frais aujourd'hui.
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