La chansonnière n'est pas simplement un instrument musical primitif, mais un phénomène socioculturel complexe, devenu pendant deux siècles le symbole de la culture de rue, de la ruse technique et de l'accès des couches les plus pauvres à la musique. Son évolution de l'agrément aristocratique à l'attribut du folklore urbain, puis de l'objet de réflexion muséale et artistique, reflète les changements clés dans la société, les technologies et la perception du son.
La base de la chansonnière repose sur le principe de reproduction mécanique programmée de la musique. C'était un lecteur analogique de l'époque avant le phonographe. Son cœur est le rouleau (cylindre) avec des tiges (rouleau de tiges) soigneusement disposées ou, dans les modèles plus tardifs, une bande de carton perforée (musique de livre). Lorsque le rouleau est tourné, les tiges touchent les dents d'une règle métallique (dites «règle») et les font sonner. Chaque dent est réglée sur une note spécifique.
L'élément clé est le mec et le système d'air (comme dans un orgue), actionnés par le tour de la manivelle. L'air est comprimé dans des tuyaux en bois ou en métal, qui sonnent lorsqu'ils sont ouverts par des clapets gérés par le rouleau. De cette manière, la chansonnière est un miniature d'orgue automatique portable.
Origines (XVIIIe siècle) : Les ancêtres de la chansonnière étaient des orgues mécaniques fixes dans les églises et les maisons riches d'Europe. Les premiers instruments portables sont probablement apparus en Allemagne ou en Italie (le mot «chansonnière» vient du français chant - chant et orgue - orgue, par le allemand Drehorgel ou l'italien organetto). Initialement, c'étaient des instruments coûteux pour l'aristocratie, reproduisant des arias modulaires d'opéra.
Âge d'or de la chansonnière de rue (XIXe siècle) : Avec le basculement du coût de production, la chansonnière est devenue un phénomène massif. A Londres victorienne, sur les boulevards parisiens et dans les salons de Saint-Pétersbourg, est apparue la figure du chansonnière - souvent un musicien errant seul, un immigrant italien ou allemand. Son répertoire était limité à 6-8 mélodies, « cousues » dans un seul rouleau : romances populaires, chansons folkloriques, extraits d'opéra (par exemple, l'aria de Cavaradossi dans "La Tosca" ou la « Sérénade » de Schubert). La chansonnière est devenue le premier média de masse à diffuser des hits musicaux dans les quartiers les plus pauvres.
Symbole de la misère urbaine et de la romantisme : Dans la littérature et la peinture, l'image du chansonnière est double. D'une part, c'est le symbole de la pauvreté, de la tristesse, du fond social (comme dans les récits de Guy de Maupassant ou dans les premiers œuvres de Dostoïevski). D'autre part, un image romantique de voyageur libre, portant l'art au peuple (poésie d'Alexandre Blok, peintures "Le coin de Moscou" de Polenov).
Fait intéressant : En Russie tsariste, les chansonnières jouaient souvent non pas seules, mais avec des animaux savants (une souris dans un manteau rouge ou un ours dresse) et des filles de paille - souvent des enfants volés ou achetés, qui étaient forcés de chanter et de collecter de l'argent. C'était l'aspect cruel de ce « plaisir de rue ».
Le déclin de la chansonnière comme phénomène de masse a été rapide à la fin du XIXe-XXe siècle pour plusieurs raisons :
Révolution technologique : L'apparition et la diffusion massive du gramophone (dès les années 1890) et du patéphone ont proposé un répertoire beaucoup plus large, une meilleure qualité du son et la possibilité de le multiplier. La chansonnière avec ses 8 mélodies sur le rouleau a été défaite.
Urbanisation et changement du paysage sonore : Le bruit des moteurs, des tramways, de la radio ont rendu le son monotone et silencieux de la chansonnière presque inaudible et irritant, un anachronisme.
Réformes sociales et contrôle policier : Les autorités des grandes villes, combattant le bruit de rue et la mendicité, ont commencé à limiter ou à interdire l'activité des chansonnières, exigeant des licences coûteuses.
Exposition muséale et reconstruction vivante : Les chansonnières sont la fierté des collections des musées de musique (par exemple, à Bruxelles, Berlin, Saint-Pétersbourg). Les amateurs et les artisans (les rares argonautes) conservent, restaurent et construisent de nouveaux instruments, soutenant l'ancien artisanat.
Objet de réflexion artistique : Le son de la chansonnière avec sa mécanicité, sa répétition et sa légère désaccordance est devenu une métaphore dans l'art moderne.
cinéma : Son son est presque un attribut obligatoire de la visualisation de l'Europe ancienne (films de Federico Fellini, de Jean-Pierre Jeunet "Amélie").
Musique : L'image de la chansonnière a été utilisée par Dmitri Chostakovitch (cycle vocal "Six romances sur des poèmes anglais") et son son est samplé dans la musique électronique comme symbole de mélancolie et de "temps figé".
Littérature et philosophie : La chansonnière est un puissant symbole du fatum, du répétition infinie, de l'absurde. Pensez à la "Chansonnière" du roman "Le Maître et Marguerite" de Bulgakov, précurseur du bal du diable, ou à son interprétation philosophique par Walter Benjamin comme image fantomatique de l'art mécaniquement reproduit.
Attribut des fêtes urbaines et des performances : Sur les marchés de Noël, les festivals historiques, dans les représentations théâtrales, on peut à nouveau rencontrer le chansonnière. Mais maintenant, ce n'est pas un musicien mendiant, mais un artiste stylisé, offrant un plongeon dans le passé. Son instrument n'est pas un moyen de subsistance, mais une citation culturelle consciente.
Culture DIY et cyberpunk : Le principe de programmation de la musique sur un support physique (rouleau, bande perforée) inspire les ingénieurs et les musiciens modernes, travaillant à la croisée de l'analogique et du numérique, créant des "chansonnières" pour les puces informatiques ou les sculptures sonores cinétiques.
La chansonnière a parcouru le chemin du miracle technologique de l'époque des Lumières au symbole de la ville préindustrielle et, enfin, au archétype culturel dans le monde moderne. Son histoire est l'histoire du contrôle du son, de sa démocratisation et de la nostalgie de l'immédiateté "analogique".
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