Pour la plupart des Russes, le 1er mai est avant tout des longs week-ends, les premiers jours vraiment chauds et l'occasion de s'échapper sur la datcha ou dans la forêt avec des barbecues. Cependant, derrière ces images pacifiques se cache une histoire d'une centaine d'années — des affrontements sanglants à Chicago aux démonstrations obligatoires en Union soviétique et à la complète transformation du sens de la fête en Russie moderne.
La date du 1er mai remonte aux événements de 1886 à Chicago. Les ouvriers sont sortis dans les rues avec la demande d'une journée de travail de huit heures. Le protest a pris une ampleur massive, et les affrontements qui ont suivi avec la police ont entraîné des victimes humaines. En mémoire des «événements de Chicago» et en l'honneur de la lutte des ouvriers pour leurs droits, le congrès de Paris II de l'Internationale en 1889 a proclamé le 1er mai le Jour international de la solidarité ouvrière. La première célébration a eu lieu déjà en 1890 en Autriche-Hongrie, en Belgique, en Allemagne, au Danemark, en Espagne, en Italie, aux États-Unis, en France, en Suède et dans d'autres pays.
En Russie impériale, le 1er mai a longtemps été sous interdiction. La première maienne illégale a eu lieu en 1891 à Varsovie, et les ouvriers se sont réunis pour la première fois à Moscou en 1895. La fête avait un caractère politique marqué : des slogans révolutionnaires étaient entendus, on chantait la Marseillaise, parfois il y avait des affrontements avec la police. Ce n'est qu'après la révolution de Février de 1917 que le 1er mai a été célébré librement et ouvertement. Le gouvernement provisoire a même envoyé des troupes dans les rues de Petrograd, et les colonnes des manifestants s'étendaient sur 40 kilomètres.
En Union soviétique, le 1er mai est devenu l'un des festivals idéologiques les plus importants. Les symboles de la fête étaient les drapeaux rouges, les portraits de Lénine et de Marx, les pancartes avec les slogans «Paix ! Travail ! Mai !», «Vive le 1er Mai !», «Ouvriers de tous les pays, unissez-vous !». Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, une composante militaire a été ajoutée : les manifestants portaient des portraits des héros tombés et des vétérans. La fête n'était pas simplement une fête — elle démontrait l'unité du parti et du peuple, la puissance du régime socialiste.
En temps soviétique, une tradition stricte des manifestations du 1er mai s'est développée. Le matin, le matériel militaire passait sur la place, puis les colonnes des travailleurs avec des drapeaux et des fleurs. Des dirigeants du parti et du gouvernement étaient assis sur les tribunes. De nombreux anciens se souviennent comment les organisations compitaient pour mieux décorer leur colonne, inventer un slogan plus brillant ou décorer une scène.
Après l'effondrement de l'Union soviétique, le sens de la fête a commencé à s'évaporer rapidement. En 1992, le Soviet suprême de Russie a renommé le 1er mai en «Fête de la Printemps et du Travail», en enlevant la solidarité de classe et le sous-texte révolutionnaire du nom. Les cortèges massifs sont devenus facultatifs, de nombreuses usines et fabriques ont arrêté de rassembler des colonnes. Les partis politiques — principalement les communistes et les syndicats — ont continué à sortir dans les rues, mais pour la plupart des citoyens, la manifestation est devenue un rite facultatif, rapidement remplacé par des affaires de datcha.
Aujourd'hui, pour la plupart des Russes, le 1er mai est avant tout un repos. Grâce au déplacement des jours fériés du 1er au 3 mai, ces jours souvent forment des petites vacances. Les gens s'échappent dans la nature, font des barbecues, ouvrent la saison de la datcha. À la place des drapeaux rouges, sont venus les tondeuses à gazon, les pioches et les semis. Dans certaines villes, les cortèges des syndicats et des partis de gauche sont encore présents, mais ce sont des traditions marginales, pas massives. Cependant, les sondages montrent que le sentiment positif du festival reste : les gens apprécient les jours de congé supplémentaires et l'occasion de passer du temps en famille.
Malgré la dépolitisation, certains attributs du 1er mai continuent de vivre. Des ballons rouges et le slogan «Paix ! Travail ! Mai !» peuvent encore être vus sur les panneaux publicitaires. Dans les jardins d'enfants et les écoles, on fait encore des cartes avec des pigeons - symboles de la paix, et des premiers fleurs de printemps. Dans certains régions et entreprises, la pratique des субботников en prévision du festival reste, ce qui rappelle le slogan soviétique sur le travail comme devoir public.
La tradition des marchés et des festivals du 1er mai vaut mention spéciale. Dans les grandes villes, on organise des concerts de groupes amateurs, des marchés d'artisans et de produits éco. Cela apporte une nouvelle composante non idéologique au festival.
Il est intéressant de noter que le 1er mai est célébré dans plus de 120 pays du monde. Dans certains endroits, c'est un festival national avec des parades (Chine, Cuba, Corée du Nord), dans d'autres, c'est un jour de manifestation syndicale (France, Allemagne, Italie). Aux États-Unis, où tout a commencé, le Jour du Travail est déplacé au premier lundi de septembre, et le 1er mai n'est pas un jour férié. Donc, le modèle russe - sans idéologie rigide, mais avec des barbecues - est l'un des plus paisibles.
New publications: |
Popular with readers: |
News from other countries: |
![]() |
Editorial Contacts |
About · News · For Advertisers |
Digital Library of Armenia ® All rights reserved.
2020-2026, LIB.AM is a part of Libmonster, international library network (open map) Keeping the heritage of Armenia |
US-Great Britain
Sweden
Serbia
Russia
Belarus
Ukraine
Kazakhstan
Moldova
Tajikistan
Estonia
Russia-2
Belarus-2